Yaoundé, 28 mai 2026 (CAPnews) – C’est une injonction qui résonne comme un aveu d’échec d’impuissance. En demandant à MTN, Orange et Camtel de couper purement et simplement le réseau aux terminaux dits « non dédouanés », la Direction générale des douanes fait le choix de la flagellation numérique du citoyen. Une question centrale mérite pourtant d’être posée : pourquoi le consommateur final devrait-il payer le prix fort pour une marchandise qui a traversé nos frontières comme une lettre à la poste, sous le regard prétendument vigilant de ceux-là mêmes qui nous demandent aujourd’hui de déconnecter nos vies ?
L’inversion de la charge de la responsabilité publique.
Le téléphone portable n’est plus, depuis fort longtemps, un gadget de luxe pour une élite oisive. C’est un outil de survie économique, un instrument de travail, le cordon ombilical qui relie le secteur informel à la micro-finance, l’étudiant à son savoir, et le citoyen à ses proches. Punir l’usager parce qu’un appareil est entré sans sésame douanier, c’est inverser la charge de la responsabilité publique. Si la douane s’avère incapable de contrôler l’étanchéité du territoire national et d’empêcher l’infiltration massive de marchandises de contrebande, ce n’est pas au Camerounais Lambda d’en solder la facture émotionnelle et financière.
Où sont l’ART et le Ministère du Commerce ?
Dans un système institutionnel cohérent, la réponse à ce désordre ne saurait être unilatérale ni punitive pour le maillon le plus faible. Où est l’ART ? Pourquoi la Douane ne saisit-elle pas formellement l’Agence de Régulation des Télécommunications pour que celle-ci rappelle fermement aux opérateurs de téléphonie mobile leurs obligations cahiers de charges ? Il appartient au régulateur de discipliner le marché, pas à la Douane de dicter sa loi par des oukases technologiques. Où est le Ministère du Commerce ? C’est en amont, sur les étals et dans les circuits de distribution formels et informels, que l’État doit faire respecter la loi. Le Ministère du Commerce a le devoir de procéder à un contrôle rigoureux, systématique et sans complaisance des vendeurs de matériels de télécommunication. C’est là que se niche la fraude, pas dans la poche de l’acheteur de bonne foi.
On ne gère pas un État moderne en déconnectant ses citoyens
Vouloir renflouer les caisses de l’État à hauteur de 25 milliards de FCFA est un objectif budgétaire légitime. Mais le faire en prenant en otage la connectivité des Camerounais pour masquer les défaillances structurelles des cordons douaniers est une hérésie managériale. On ne gère pas un État moderne en déconnectant ses citoyens ; on le gère en contrôlant ses frontières et en faisant fonctionner ses institutions de régulation!
