Yaoundé, 15 juin (CAPnews) – Par l’effet d’une rhétorique désormais bien rodée, on tente une nouvelle fois de saturer l’espace public avec la magie des chiffres pour mieux masquer le vide de la pensée. On nous brandit aujourd’hui le chiffre de 304 mégawatts avec une gravité presque solennelle, comme s’il s’agissait d’une solution miracle, alors qu’il ne s’agit au fond que d’une simple opération arithmétique. Le drame absolu de ce secteur – et, avouons-le, de ceux qui s’évertuent à l’analyser avec une indulgence coupable –, c’est de croire qu’aligner des puissances installées dispense de construire un modèle financier viable. Une fois de plus, par une fâcheuse inclinaison, le Cameroun confond la taille du thermomètre avec la guérison de la fièvre.
Les mégawatts ne s’allument pas avec de bonnes intentions non financées
C’est là une bien sombre habitude camerounaise : on s’extasie sur des mégawatts théoriques pendant que, sur le terrain, le réel s’effondre. KPDC et DPDC s’en vont, et l’on feint soudainement de découvrir une « fragilité » structurelle ? Soyons sérieux, cela relève de l’aveuglement volontaire ou de la pure tartuferie. Il est temps d’arrêter de nous saturer l’esprit avec des capacités installées qui ne produisent, en réalité, que des dettes abyssales. La crise qui nous préoccupe n’est pas tant énergétique ; elle est profondément managériale, politique et structurelle. Les mégawatts ne s’allument pas avec de bonnes intentions non financées.
Le développement, une promesse sans cesse différée.
Compter les capacités virtuelles semble décidément plus facile que de solder les comptes et de regarder la vérité en face. Cette approche persiste dans l’erreur tragique du copier-coller technique : on s’obstine à gérer des statistiques de production là où il faudrait, de toute urgence, inventer une gouvernance. Tant que la seule et unique réponse aux coupures chroniques sera l’énumération de performances sur papier, le Réseau interconnecté Sud restera ce qu’il a toujours été : un mirage coûteux et le développement, une promesse sans cesse différée.
