Yaoundé, 31 juillet 2026 (CAPnews) – Près de trois ans après avoir déboursé 26,9 milliards de FCFA (44,9 millions de dollars) pour acquérir 10 % du capital de la Cameroon Oil Transportation Company (Cotco), la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a enregistré une dépréciation de 10,765 milliards de FCFA dans ses états financiers 2025, soit 40 % de la créance correspondant aux fonds versés à Savannah Midstream Investment Limited (SMIL), filiale de Savannah Energy. Cette provision, relevée par le commissaire aux comptes, constitue le premier aveu comptable des incertitudes entourant une transaction annoncée en 2023 comme un levier de renforcement de la position stratégique du Cameroun au sein de l’oléoduc Tchad-Cameroun, un pipeline de 1 070 kilomètres mis en service en 2003 et d’une capacité de 225 000 barils par jour.
Un contentieux régional paralyse le transfert des actions
À l’origine de cette situation figure le contentieux né du rachat des actifs d’ExxonMobil au Tchad et au Cameroun par Savannah Energy en décembre 2022. Contestée par les autorités tchadiennes, qui ont refusé de reconnaître la société britannique comme nouvel actionnaire avant de nationaliser les actifs concernés, cette opération a rapidement dépassé le cadre commercial pour devenir un dossier diplomatique sensible. L’accord conclu le 19 avril 2023 entre la SNH et SMIL, portant sur l’acquisition de 10 % de Cotco, s’est retrouvé paralysé par ce différend, empêchant jusqu’à ce jour le transfert effectif des actions. Le Tchad a nationalisé en avril 2024 les participations d’ExxonMobil dans les sociétés exploitant le pipeline, une mesure que Yaoundé n’a pas formellement reconnue, mais qui bloque toute évolution du capital de Cotco, détenue à 70 % par la société Tchad-Cameroun Pipeline Investment Company (TCPIC).
Des fonds immobilisés et un risque financier désormais comptabilisé
Malgré l’apaisement des tensions entre Yaoundé et N’Djamena et les discussions engagées pour redéfinir la gouvernance de Cotco, le sort des actions revendiquées par Savannah Energy demeure juridiquement incertain. Le projet d’augmentation de la participation camerounaise dans l’entreprise gestionnaire du tronçon camerounais de l’oléoduc n’a donc jamais été concrétisé. Les fonds avancés par la SNH restent immobilisés dans ses comptes sous forme de créance, tandis que la dépréciation enregistrée traduit une perte de valeur potentielle et non encore définitive. La SNH, qui détient déjà 37 % de Cotco via ses filiales, voit ainsi une partie de ses ambitions actionnariales compromises par ce litige régional où se mêlent enjeux pétroliers, diplomatiques et de souveraineté économique.
Une issue encore incertaine entre levée des blocages et compensation
Cette écriture comptable ne clôt pas le dossier, mais elle en change la lecture financière. Elle confirme que l’État camerounais est désormais exposé à un risque réel sur une opération stratégique dont l’issue dépendra soit de la levée des blocages juridiques et actionnariaux, soit d’un accord sur le remboursement ou la compensation des sommes engagées. En attendant, la provision de 10,765 milliards de FCFA illustre le coût grandissant d’un investissement enlisé dans un contentieux où les positions de N’Djamena, qui perçoit environ 80 % des revenus du pipeline, et de Yaoundé, qui perçoit le solde, peinent à se concilier. La prochaine étape, attendue dans les mois à venir, pourrait prendre la forme d’un arbitrage international ou d’une renégociation globale des clauses de partage de l’infrastructure, dont le contrat initial court jusqu’en 2033.
