Yaoundé, 9 juin 2026 (CAPnews) – c’est une étrange obsession, presque une névrose post-coloniale, que cette quête éperdue de la ligne droite. Entendre nos élites et nos classes moyennes rêver à haute voix d’une cité africaine au plan en damier, expurgée de ses îlots de verdure jugés « sauvages » et débarrassée du moindre zébu égaré, relève d’un profond contresens historique et sociologique. On confond ici l’ordre avec le progrès, et la géométrie avec la civilisation.
Derrière la pureté des lignes droites se cache toujours le drame invisible
Ce fantasme de la trame orthogonale – que l’on fantasme de Manhattan à la rigueur haussmannienne – est en réalité porteur d’une violence politique inouïe. Le plan en damier, historiquement, n’a pas été pensé pour le bonheur des hommes mais pour la discipline des corps et la fluidité du contrôle policier ou colonial. C’est un urbanisme de la table rase. Vouloir l’imposer à nos topographies complexes et à nos constructions sociales, c’est programmer l’exclusion. Derrière la pureté des lignes droites se cache toujours le drame invisible des déguerpissements massifs, de la relégation des classes populaires aux périphéries invisibles et de la destruction des solidarités de voisinage. On ne modernise pas une société en la segmentant par des boulevards étanches, on la fragilise.
La verdure centrale est une assurance-vie contre les inondations
Plus grave encore, ce désir de bétonner le moindre interstice vert, sous prétexte de faire « propre », trahit une méconnaissance totale de notre écosystème. Nos « brousses » urbaines, si décriées par les esthètes du goudron, ne sont pas des anomalies : ce sont les poumons et les éponges de nos cités. Dans des villes au relief accidenté et soumises à des régimes climatiques tropicaux, la verdure centrale est une assurance-vie contre les inondations et les îlots de chaleur. Prôner une ville minérale à 100 %, c’est concevoir un piège écologique invivable pour les générations futures!
Le refus de voir la ville africaine
Quant à ce rejet viscéral du bétail ou de l’activité informelle dans l’espace public, il procède d’un même aveuglement : le refus de voir la ville africaine telle qu’elle est, c’est-à-dire un espace de cohabitation et une économie de subsistance. Ce troupeau de zébus qui traverse une avenue ne symbolise pas un « retard » de développement, mais l’interconnexion persistante entre le rural et l’urbain, une rationalité
