Yaoundé, 4 août 2026 (CAPnews) – L’administration Trump a lancé, à la mi-juillet, une offensive diplomatique sans précédent contre la Cour pénale internationale (CPI), dans le sillage des mandats d’arrêt émis en novembre 2024 contre le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ex-ministre de la Défense Yoav Gallant. Le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé le 13 juillet, dans une tribune du Wall Street Journal, vouloir « démanteler la CPI, brique par brique si nécessaire ». Moins de deux semaines plus tard, le Venezuela (24 juillet) puis le Tchad (27 juillet) ont notifié à l’ONU leur retrait du Statut de Rome, rejoignant le Niger, le Mali et le Burkina Faso, qui avaient déjà engagé leur retrait sous influence russe.
Une pression américaine en deux volets sur les États africains
La Maison-Blanche utiliserait deux leviers : la désinformation, en laissant croire aux autorités ciblées qu’elles seraient menacées de poursuites, et la menace de mettre fin aux accords sécuritaires bilatéraux. L’Ouganda a ainsi reçu une lettre le 24 juillet avec un ultimatum l’enjoignant de quitter la Cour, sous peine de « conséquences ». Le Bénin a également été approché, mais sa juge à la CPI, Reine Alapini-Gansou, a porté plainte en juin devant un tribunal new-yorkais contre Marco Rubio et Donald Trump pour s’opposer aux sanctions américaines. N’Djamena a justifié son retrait en dénonçant une « concentration des activités de la Cour sur le Sud global ».
Une crise sans précédent pour la juridiction de La Haye
Le retrait du Tchad, qui prendra effet en juillet 2027, privera la CPI d’un de ses États les plus coopératifs, notamment pour les enquêtes sur les crimes au Darfour. Sur les sept accusés détenus à La Haye, six sont poursuivis pour des crimes commis en Afrique, un argument récurrent mais que des experts comme le Béninois Sètondji Roland Adjovi jugent infondé : « La Cour n’est pas tournée contre l’Afrique, elle n’a jamais été un instrument néocolonial ». Chaque retrait réduit les contributions financières, limite les capacités d’enquête et d’arrestation, et affaiblit la portée de la justice internationale.
Des alternatives africaines encore limitées
Le Tchad a appelé l’Union africaine à revoir les mécanismes judiciaires continentaux, tandis que les pays du Sahel évoquent une « cour pour le Sahel ». Des précédents existent : le tribunal spécial pour la Sierra Leone a condamné l’ex-président libérien Charles Taylor en 2012, et une chambre africaine extraordinaire a jugé Hissène Habré à Dakar en 2015. Mais pour le professeur Patryk Labuda, « la plupart des tribunaux africains ne donnent pas suite aux allégations de crimes graves ». La CPI, créée en 2002 et comptant 125 États membres dont 34 africains, reste souvent la seule instance capable de juger les crimes contre l’humanité lorsque les justices nationales n’agissent pas. Au sein de la Cour, on espère qu’un changement de majorité lors des élections de mi-mandat aux États-Unis pourrait infléchir cette politique de démantèlement.
