Yaoundé, 30 juillet 2026 (CAPnews) – À la lecture du projet de « Portes-Monuments » destiné à baliser les accès de la Région de l’Ouest, une expression retient l’attention avec un éclat presque comique : « principales frontières territoriales ». Ah, le mot est lâché ! Ce fameux mot de « frontières », prononcé ici à l’échelle régionale, semble éveiller une panique subite, comme si l’on craignait soudain de voir surgir des barbelés, des douaniers tatillons réclamant un laissez-passer ou, pire, des taxes de pacotille entre deux départements frères. On hésite presque à parler de frontières administratives internes, de peur de froisser la sainte fluidité de la République décentralisée.
Utiliser le mot « frontière » pour délimiter des terroirs à l’intérieur d’un même pays peut prêter à confusion. En effet, dans le langage politique et juridique courant, la frontière évoque par excellence la souveraineté nationale, le contrôle étatique et la séparation entre des États souverains. À l’échelle infra-nationale, on préfère souvent des termes qui traduisent davantage la continuité ou l’appartenance commune, tels que : « Portes d’entrée » ou seuils symboliques pour indiquer des « Transitions ». Il est donc important, pour moi, de se défaire du mot « frontières » pour trouver un vocable qui ne renvoie pas à une barrière d’exclusion ou à une souveraineté isolée, mais plutôt à un seuil culturel (sachant que le référent identitaire est chargé d’une compréhension qui rime avec exclusion). Est-ce un lapsus sémantique?! Utiliser le terme « frontières » pour des limites internes, là où l’on préférerait pudiquement parler de « seuils », de « portes » ou de simples « limites géographiques », histoire d’éviter la psychose du retranchement identitaire.
Je comprends « Entrer dans la Chefferie » pour transformer un simple passage géographique en une immersion dans l’histoire et les traditions locales. Et je souhaite que le concept soit employé dans une acception poétique et patrimoniale : il ne s’agit pas de diviser mais de marquer l’entrée dans un espace doté d’une forte identité culturelle propre, l’objet architectural agissant comme une porte d’accueil narrative et esthétique.
En somme, si l’on peut saluer l’effort esthétique pour affirmer notre patrimoine, on ne doit pas esquiver l’idée d’un cloisonnement que réveille le simple énoncé de nos lignes de partage régionales. À vouloir ériger des monuments aux frontières, ne risque-t-on pas de transformer le voyageur en pèlerin transi devant une douane culturelle ?
