Yaoundé, 30 août 2026 (CAPnews) – 2006, la culture était encore trop souvent perçue comme un « supplément d’âme », un espace de divertissement ou une activité secondaire. Vingt ans plus tard, le monde a changé. En 2026, la culture est une industrie, une économie et un instrument de puissance. Elle crée de la valeur, façonne l’image des nations et participe désormais à la bataille mondiale de l’influence.
Vingt ans après l’intensification des mécanismes de la Francophonie au Cameroun, le moment est venu de dépasser le simple bilan des subventions et des programmes. La véritable question est ailleurs : qu’avons-nous réellement construit ? L’appui de l’espace francophone a-t-il permis de transformer durablement nos créateurs en entrepreneurs et nos talents en entreprises viables ?
Le constat est contrasté. L’accompagnement extérieur a incontestablement contribué à la professionnalisation du secteur. Des artistes ont appris à gérer des projets, à protéger leurs droits, à structurer leurs entreprises et à penser leurs œuvres comme des produits capables de conquérir des marchés. Le soutien de partenaires internationaux a également servi de label de crédibilité, facilitant l’accès à d’autres financements et à de nouveaux réseaux.
Mais une fragilité demeure : trop d’activités culturelles restent dépendantes de financements extérieurs. Lorsqu’un programme s’arrête, certaines initiatives s’essoufflent. Le paradoxe est saisissant : le talent camerounais est mondial, mais son modèle économique reste souvent précaire. Tant que la consommation culturelle intérieure, le sponsoring national et les mécanismes locaux de financement ne seront pas suffisamment développés, l’entrepreneur culturel restera tributaire de ressources venues d’ailleurs.
C’est pourtant sur cette économie créative que peut se construire une véritable « Destination Cameroun ». Car il n’existe pas de tourisme culturel attractif sans création vivante. Festivals, musique, cinéma, gastronomie, artisanat, patrimoine et traditions constituent bien plus que des expressions identitaires : ils sont les contenus qui donnent envie de découvrir un pays.
Le tourisme ne peut donc pas se réduire aux hôtels et aux infrastructures. Une destination se raconte. Elle se met en scène. Elle offre une expérience. Le Cameroun possède une diversité culturelle exceptionnelle, mais cette richesse doit être mieux structurée, valorisée et commercialisée.
Le numérique ouvre ici une nouvelle frontière. Numériser les œuvres, les archives et les sites patrimoniaux, c’est préserver la mémoire tout en donnant une existence mondiale à notre culture. Le défi est de transformer notre patrimoine en un patrimoine accessible, interactif et économiquement valorisable. Mais cette ambition ne sera crédible que si le pays maîtrise ses contenus et améliore les infrastructures numériques qui permettent leur diffusion.
L’autre urgence est institutionnelle. Le Ministère des Arts et de la Culture et le Ministère du Tourisme et des Loisirs ne peuvent plus avancer chacun de son côté. La création culturelle doit devenir une composante de la stratégie touristique nationale. Un festival peut attirer des visiteurs. Un site patrimonial peut créer de l’emploi. Une œuvre peut devenir un outil de promotion internationale.
Le principal obstacle reste le cloisonnement administratif. Tant que les politiques publiques fonctionneront en silos, le potentiel économique de la culture restera sous-exploité. Il faut une stratégie transversale, des objectifs communs et, surtout, des indicateurs capables de mesurer ce que les Industries culturelles et créatives rapportent réellement à l’économie nationale.
Le Cameroun est donc à un tournant. Les vingt dernières années ont contribué à faire évoluer le regard sur la culture. Les vingt prochaines devront permettre de changer d’échelle. L’enjeu n’est plus seulement de financer des artistes, mais de construire un véritable marché culturel national.En 2006, la culture était un supplément d’âme. En 2026, elle est devenue un enjeu de souveraineté. Le talent camerounais existe, rayonne et s’exporte. Ce qui manque encore, c’est un environnement économique et institutionnel capable de transformer durablement cette richesse créative en croissance, en emplois et en influence.
Le « Label Francophonie » a contribué à ouvrir des portes. Il appartient désormais au Cameroun de construire sa propre maison. Car si la culture est notre identité, elle doit aussi devenir notre puissance.
