Yaoundé, 21 juillet 2026 (CAPnews) – La Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) a fait apposer des scellés sur les usines et magasins de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam) afin de recouvrer des arriérés de cotisations sociales que l’organisme évalue à environ 4,5 milliards de FCFA. Cette mesure, confirmée par un cadre de l’entreprise publique textile, intervient alors que la direction négocie avec la CNPS un nouvel échéancier de remboursement. Selon la même source, les discussions sont « en bonne voie » et la Cicam prévoit d’effectuer un premier versement pour manifester sa bonne foi, avant de solliciter la reconduction du moratoire dont elle bénéficiait jusqu’ici. Aucun nouvel accord n’avait toutefois été conclu à la date de publication, et la durée du moratoire antérieur, le nombre d’échéances effectivement réglées ainsi que les circonstances exactes de la pose des scellés n’ont pas été communiqués.
Une dette sociale et des négociations en cours
La levée des scellés, si elle intervient, permettrait de rétablir l’accès aux installations concernées, mais ne suffirait pas, à elle seule, à relancer durablement une entreprise dont l’outil industriel est déjà fortement dégradé. Le montant du premier versement envisagé n’a pas été dévoilé, pas plus que les conditions du précédent moratoire. Ces éléments demeureront déterminants dans la poursuite des discussions, alors que la Cicam tente d’obtenir un nouveau délai pour apurer sa dette sociale, tout en faisant face à des difficultés structurelles plus profondes.

Des besoins de restructuration colossaux
Fragilisée par l’afflux de vêtements de seconde main, la concurrence des importations asiatiques et ouest-africaines, ainsi que par la contrebande, la Cicam a vu ses parts de marché s’éroder et ses pertes s’accumuler. Une étude diagnostique commandée par le ministère de l’Industrie au Bureau de mise à niveau et réalisée par le cabinet Mazars estime que sa restructuration nécessiterait entre 30,7 et 48,2 milliards de FCFA, selon le scénario retenu. Dans l’hypothèse d’un financement intégral par l’État, le besoin net s’élèverait à 40,6 milliards, tandis qu’une ouverture du capital à un investisseur privé le ramènerait à 21,7 milliards. Parallèlement, les discussions engagées depuis fin 2024 avec Arise Integrated Industrial Platforms pour une entrée au capital de la Cicam n’ont toujours pas abouti à un accord public.
Le projet Camtext et les interrogations sur l’avenir
Dans le même temps, un consortium réunissant Panafritex (filiale textile d’Arise), la Société de développement du coton (Sodecoton), la CNPS et Marlo Properties Fincorp envisage de créer Camtext SA, un complexe textile intégré de 180 milliards de FCFA dans la zone industrielle de Dibamba, destiné à transformer 12 000 tonnes de coton par an. La participation annoncée de la CNPS à ce projet place l’organisme en double position : créancier de l’opérateur public historique et investisseur dans une nouvelle plateforme concurrente. Si cette situation ne constitue pas en soi une contradiction – la CNPS étant tenue de recouvrer les cotisations dues indépendamment de ses autres investissements – elle soulève des interrogations sur la place future de la Cicam dans la filière textile nationale. L’accord recherché avec la CNPS pourrait lever les scellés et rétablir l’accès aux installations de Garoua, mais la relance durable de l’entreprise publique reste subordonnée à la mobilisation des financements nécessaires, à l’arrivée d’un partenaire stratégique et à la clarification de son positionnement dans un secteur en pleine recomposition.
