Yaoundé, 1er septembre 2026 (CAPnews) – Il y a un problème récurrent dans notre manière de gouverner : les programmes changent de nom, de nouveaux milliards sont annoncés, de nouveaux acronymes apparaissent, tandis que les projets précédents disparaissent progressivement du débat public.
En 2014, le Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance économique, plus connu sous le nom de PLANUT, était présenté comme une réponse rapide aux retards de développement. Avec une enveloppe annoncée de 925 milliards de francs CFA, il devait accélérer la construction d’infrastructures et rapprocher le Cameroun de son ambition d’émergence. Le programme devait produire des résultats en trois ans.
Douze ans plus tard, un nouveau programme occupe l’espace public : le Programme spécial de reconstruction et de développement de la région de l’Extrême-Nord, le PSRDREN. Là encore, les montants annoncés sont importants. Il est question de reconstruction, de routes, d’agriculture, de résilience climatique et de développement économique.
Mais avant de célébrer un nouveau départ, une question mérite d’être posée : qu’est devenu le précédent ?
Le bilan du PLANUT reste marqué par de nombreux projets inachevés ou livrés avec retard. Des routes annoncées pour désenclaver certaines zones ont connu des blocages. Des entreprises ont abandonné ou retardé des chantiers. Des procédures administratives ont ralenti l’exécution des projets. Des infrastructures sanitaires et énergétiques ont attendu des financements supplémentaires avant de pouvoir fonctionner normalement.
Le problème est particulièrement visible dans la durée. Un programme présenté comme « triennal » a largement dépassé les trois années prévues. L’urgence annoncée s’est prolongée, les délais ont été repoussés et plusieurs projets ont continué à attendre leur achèvement.
C’est précisément ce précédent qui doit nous rendre prudents face au lancement du PSRDREN.
Personne ne peut nier les besoins de la région de l’Extrême-Nord. Les populations y font face à des difficultés sécuritaires, économiques, climatiques et sociales considérables. Investir dans les routes, l’agriculture, l’accès aux services publics et la reconstruction est donc indispensable.
Mais annoncer un programme et mobiliser des financements ne suffit pas.
La question essentielle est de savoir comment l’argent sera dépensé, quels projets seront effectivement réalisés, dans quels délais et avec quels résultats. Les citoyens doivent pouvoir suivre l’évolution des chantiers et savoir ce qui a été livré, ce qui est en retard et pourquoi.
Le véritable problème du Cameroun n’est peut-être pas le manque de programmes. Le pays en a lancé plusieurs au fil des années. Le problème est plutôt de garantir leur exécution jusqu’au bout.
Trop souvent, un nouveau programme arrive alors que les résultats du précédent n’ont pas été clairement présentés. On change d’acronyme, on annonce une nouvelle enveloppe et l’attention se déplace vers de nouvelles promesses. Pendant ce temps, certains anciens chantiers restent inachevés.
Le risque est donc évident : que le PSRDREN connaisse le même sort que d’autres programmes, avec de grandes annonces au départ et des résultats difficiles à mesurer quelques années plus tard.
Le Cameroun n’a pas seulement besoin de nouveaux programmes. Il a besoin de terminer les projets engagés, de publier des bilans précis et d’expliquer clairement l’utilisation des fonds publics.
Avant d’ajouter un nouvel acronyme à la longue liste des programmes nationaux, il faudrait répondre à quelques questions simples : quels projets du PLANUT ont été achevés ? Lesquels ne l’ont pas été ? Combien d’argent a réellement été dépensé ? Quels résultats les populations peuvent-elles constater aujourd’hui ?
Ce sont ces réponses qui permettront de juger la crédibilité des nouveaux engagements.
Un État ne se juge pas au nombre de programmes qu’il lance ni au montant des enveloppes qu’il annonce. Il se juge aux routes effectivement construites, aux hôpitaux qui fonctionnent, aux écoles équipées, aux emplois créés et aux services publics auxquels les citoyens ont réellement accès.
Le PSRDREN peut représenter une réelle opportunité pour l’Extrême-Nord. Mais pour éviter que les promesses d’aujourd’hui ne deviennent les regrets de demain, il faudra tirer les leçons du PLANUT.
Car au final, les populations ne vivent pas des acronymes. Elles attendent des résultats.
