Yaoundé, 28 août 2026 (CAPnews) – La dérive démocratique ne naît pas toujours d’un homme, d’une élection ou d’un événement isolé. Elle peut être l’aboutissement d’un long processus social, familial, culturel et psychologique. Mais comprendre n’est pas justifier. Identifier les mécanismes qui conduisent à l’abus de pouvoir ne dédouane jamais celui qui le commet. Cela permet surtout de comprendre comment une société peut prévenir sa répétition.
L’individu politique est d’abord un produit de sa socialisation. Famille, école, entourage, communauté religieuse, médias et institutions façonnent son rapport à l’autorité, à la contradiction et à la responsabilité. La famille joue ici un rôle central lorsqu’elle transmet la maîtrise de soi, le respect de l’autre et la capacité à gérer le conflit. Ces apprentissages deviennent, à l’âge adulte, des ressources essentielles pour accepter la contradiction, la frustration ou la défaite sans transformer le désaccord en affrontement.
Mais le retour aux « valeurs ancestrales » ne saurait constituer une réponse automatique. Certaines traditions ont transmis la solidarité et le sens de la responsabilité ; d’autres ont aussi consacré l’obéissance, l’autorité sans contre-pouvoir ou la domination. L’enjeu n’est donc pas de restaurer le passé, mais de trier ce qu’il faut transmettre. Conserver les valeurs qui construisent la responsabilité collective. Rompre avec celles qui légitiment la domination.
La transformation du rapport au pouvoir est désormais incontournable. Les citoyens contestent davantage, revendiquent leur autonomie et acceptent moins les formes traditionnelles d’autorité. Cette émancipation n’est pas le problème. Le problème apparaît lorsque des responsables politiques continuent de concevoir l’autorité comme un instrument de contrôle. Or, lorsque la contrainte ne suffit plus, il faut construire la légitimité autrement : par la confiance, la compétence, la responsabilité, le respect et la parole.
La crise démocratique révèle ainsi une défaillance qui dépasse les seuls acteurs politiques. Lorsque les abus sont banalisés, les menaces minimisées et les institutions trop lentes à réagir, la société contribue, malgré elle, à installer les conditions de la dérive. Famille, école, Église, médias, justice, institutions et citoyens ont donc chacun une part dans les mécanismes de régulation.
Il serait toutefois dangereux d’en faire une fatalité. La sociologie peut expliquer les conditions qui rendent une dérive probable ; elle ne doit jamais la transformer en destin. La question essentielle est ailleurs : quel type de dirigeant et quel type de citoyen la société camerounaise est-elle en train de produire ? Et surtout, quelles ressources leur donne-t-elle pour accepter la contradiction, supporter la frustration, reconnaître une défaite électorale et, le moment venu, perdre le pouvoir sans recourir à la violence ?
La dérive politique reste l’acte de celui qui abuse du pouvoir. Mais empêcher qu’elle devienne un système relève d’une responsabilité collective. C’est là que se joue, au-delà des élections, la véritable maturité démocratique.
