Yaoundé, 27 juillet 2026 (CAPnews) – À la date de publication de ce papier, le président Paul Biya est absent du Cameroun depuis cinquante jours, une durée qui égale puis dépasse son précédent record d’absence de 2024 (49 jours). Âgé de 93 ans, le chef de l’État, doyen des chefs d’État en exercice dans le monde, a quitté Yaoundé le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », selon le communiqué officiel de la présidence. Sa dernière apparition publique remonte à une photo publiée ce jour-là par le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, le montrant aux côtés de son épouse Chantal Biya. Depuis, ni le lieu exact de son séjour, que certains médias situent à Genève, en Suisse, ni une éventuelle date de retour n’ont été officiellement communiqués.
Une opposition qui dénonce une « vacance du pouvoir »
Face à ce mutisme, les critiques se sont multipliées. Le député de l’opposition Jean-Michel Nintcheu a saisi le Conseil constitutionnel pour qu’il constate la vacance du pouvoir. Le Social Democratic Front (SDF) estime que le pays fonctionne en « pilotage automatique », tandis que le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) évoque un gouvernement en mode « télétravail ». L’Union démocratique du Cameroun (UDC) juge que « la stabilité d’une République ne peut reposer sur le silence ». Le professeur Aba’a Oyono, soutien d’Issa Tchiroma lors de la dernière présidentielle, parle quant à lui d’une situation de « vacance du pouvoir ». Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, a rompu le silence la semaine dernière par la voix de son secrétaire national à la communication, affirmant qu’« il n’y a pas de vacance du pouvoir » et que le président reste au travail, quel que soit l’endroit où il se trouve.
Un cadre institutionnel inédit et toujours vacant
Cette absence intervient dans un contexte institutionnel particulier. Une révision constitutionnelle, adoptée le 14 avril 2026, a réintroduit la fonction de vice-président de la République. Ce dispositif, censé sécuriser la continuité de l’État, n’a donné lieu à aucune nomination plus de trois mois après son adoption. À défaut, la Constitution prévoit qu’en cas de vacance constatée, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui assurerait l’intérim. Aucun texte ne fixe toutefois une durée maximale d’absence du chef de l’État hors du territoire national, ce qui rend la situation juridiquement floue.
Des rumeurs sur l’état de santé et un contexte politique tendu
Les spéculations sur l’état de santé du président, âgé de 93 ans, n’ont cessé d’enfler. Le gouvernement a tenté de les éteindre le 18 juin, par la voix du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, démentant une éventuelle hospitalisation à Genève. Mais l’absence de preuves visuelles crédibles n’a pas apaisé les interrogations. Cette polémique survient dans un climat politique déjà tendu : réélu en octobre 2024 pour un huitième mandat, Paul Biya n’a toujours pas formé un nouveau gouvernement, sept mois après avoir promis de le faire. Les élections municipales et législatives, sans cesse reportées, prolongent indéfiniment les mandats des élus en place. La publication récente sur les réseaux sociaux d’un faux décret annonçant la nomination d’un vice-président illustre la confusion ambiante.
