Yaoundé, 29 juillet 2026 (CAPnews) – Le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, a officiellement ouvert ce 28 juillet 2026 à Yaoundé le séminaire de préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027. Placée sous le thème « Le budget du Cameroun face aux défis de l’amélioration de la performance des investissements publics en vue de stimuler la croissance et d’améliorer les conditions de vie des populations », cette rencontre de deux jours réunit les principaux acteurs de la gestion des finances publiques. D’entrée de jeu, le ministre a qualifié la situation budgétaire de « très difficile », en raison d’un manque à gagner sur les recettes lié aux conflits mondiaux et aux séquelles économiques persistantes. Le séminaire doit servir de base à l’élaboration du projet de loi de finances pour 2027.
Des recettes pétrolières en chute libre et un déficit structurel
Le contexte macroéconomique est marqué par un net reflux de la rente pétrolière. Selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029, présenté par le ministre le 3 juillet 2026 devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, les recettes tirées des hydrocarbures sont projetées à 425,8 milliards FCFA en 2027, en baisse de 35,6 % par rapport à 2026. Ce recul de 253,3 milliards FCFA s’explique par l’épuisement naturel des champs en exploitation et l’absence de nouveaux puits, un déclin qui a effacé les bénéfices attendus de la flambée des cours mondiaux. Dans le même temps, les recettes totales de l’État sont projetées à 5 652,2 milliards FCFA en 2027, en hausse de 2,6 % par rapport à 2026, tandis que les dépenses budgétaires atteindraient 6 586,2 milliards FCFA. Le déficit primaire non pétrolier, qui a atteint 2,6 % du PIB en 2025, devrait être ramené à 2,2 % en 2027 puis à 1,1 % en 2029.
Le dilemme des infrastructures : nouvelles constructions ou achèvement des projets ?
Face à cette pression budgétaire, le gouvernement réexamine sa stratégie d’investissement public. La question centrale est de savoir si le Cameroun doit poursuivre la construction de nouvelles infrastructures ou se concentrer sur l’achèvement des projets en cours qui améliorent directement le niveau de vie des citoyens. Le Programme d’investissement prioritaire 2025-2027 table sur un besoin de 25 508 milliards FCFA pour réaliser 74 projets d’infrastructures, dont 32 sont déjà en cours. La stratégie pour 2027-2029 ciblera en priorité les infrastructures routières, énergétiques et les secteurs productifs, avec un recours accru aux partenariats public-privé pour déplacer une partie du financement. Les autorités indiquent que le bouclage du cadre budgétaire reste conditionné à la signature d’un nouveau programme avec le FMI, appelé à mobiliser des appuis budgétaires essentiels.
Une consolidation budgétaire sous tension
Les décisions issues de ce séminaire orienteront la feuille de route économique du Cameroun pour 2027. Le gouvernement entend s’appuyer sur une mobilisation accrue des recettes internes non pétrolières, qui devraient atteindre 5 181,8 milliards FCFA dès 2027, portées par une croissance de 6,5 % de l’activité non pétrolière. Parallèlement, les dépenses courantes seront rationalisées pour réduire progressivement le déficit. Mais les risques demeurent nombreux : la prolongation des crises au Moyen-Orient, le retard dans la mise en œuvre des réformes et les tensions sur les prix de l’énergie pourraient compromettre ces prévisions. À l’heure où les marges de manœuvre se réduisent, le choix entre la poursuite des grands chantiers et l’achèvement des projets existants s’impose comme l’un des arbitrages les plus délicats de ce budget 2027.
