Yaoundé, 9 octobre 2026 (CAPnews) – On a beau user sa santé à intellectualiser les urgences, à aligner les notes conceptuelles les plus rigoureuses et à dessiner par le menu les contours d’une gouvernance vertueuse, l’expérience finit par imposer une vérité fâcheuse : au fond, le Cameroun ne veut pas changer. Ou du moins, une part active de son aréopage virtuel semble vouer un culte mystique à l’immobilité.
Prenez la peine de pondre un document de plus de dix pages. Y sont consignés l’état des lieux, la méthode, la chronologie des réformes et les indicateurs de performance. Un travail de Romain. Mais sitôt le texte versé dans l’arène publique, la magie locale opère. Ce n’est jamais le fond qui retient l’attention, encore moins la pertinence des propositions. Non. Il se trouvera immanquablement une cohorte de doctes censeurs pour s’empresser de commettre un réquisitoire grand format – curieusement deux fois plus long que votre modeste contribution – dont l’exercice commence invariablement par une exégèse de votre patronyme. Avant même d’examiner si la matrice économique ou institutionnelle tient la route, on vous autopsie le nom, une assignation tribale vous est octroyée. On vous cherche des ancêtres dans les arcanes de la compromission, histoire d’établir que vous n’êtes pas « qualifié » pour penser le pays.
Démonter point par point l’argumentation sans jamais l’affronter intellectuellement est devenu un sport national. C’est la victoire confortable du statu quo : pourquoi réformer les structures quand on peut simplement disqualifier les architectes ? À force de confondre le débat d’idées avec un procès en sorcellerie identitaire, on s’assure d’une chose : le pays change de décennie, mais les problèmes, eux, consignés dans d’excellents rapports qui finissent aux oubliettes, continuent de nous survivre.
