Yaoundé, le 1er mars 2026 (CAPnews) –Les opérations militaires se sont considérablement intensifiées au Moyen-Orient depuis le début des frappes américano-israéliennes, lancées sous les noms de code *Epic Fury* et *Roaring Lion*. En l’espace de vingt-quatre heures, les deux armées auraient visé plus de neuf cents cibles iraniennes, concentrées principalement dans l’ouest du pays. Infrastructures militaires, sites de stockage et de lancement de missiles, radars, défenses antiaériennes, mais aussi responsables politiques et militaires du régime figurent parmi les objectifs annoncés.
Cette campagne a pour objectif affiché de neutraliser la défense antiaérienne iranienne, d’affaiblir les capacités de riposte de Téhéran et de désorganiser sa chaîne de commandement. Les bombardements n’ont toutefois pas épargné les populations civiles : une école primaire de Minab, dans le sud du pays, aurait été touchée, causant la mort de cent quarante-huit personnes et en blessant quatre-vingt-quinze autres.
Pour la première fois depuis le début de l’opération *Roaring Lion*, l’armée israélienne a frappé le cœur de Téhéran, selon un porte-parole des Forces de défense israéliennes. Ces dernières affirment avoir tué quarante cadres supérieurs iraniens et détruit la moitié des lanceurs de missiles ainsi que la moitié des réserves de projectiles du pays. Plus de douze cents munitions auraient été larguées sur l’Iran au cours des dernières vingt-quatre heures.
Côté américain, l’armée a utilisé plusieurs centaines de missiles antibalistiques — THAAD, SM-2, SM-3 et SM-6 — au cours des derniers mois, dans le cadre des frappes contre l’Iran et pour contrer les attaques houthistes en mer Rouge. Les stocks actuellement déployés dans la région permettraient de soutenir une campagne offensive pendant sept à dix jours.
L’Iran riposte et élargit le conflit
Contre toute attente, Téhéran a répliqué avec une rapidité qui témoigne, selon les observateurs, d’un plan de continuité particulièrement robuste : successions anticipées, frappes préautorisées et chaîne de commandement décentralisée en cas de décapitation du régime.
L’Iran a visé de multiples cibles en Israël, des bases américaines dans l’ensemble du Moyen-Orient, ainsi que des infrastructures civiles — aéroports, hôtels, ports — dans plusieurs grandes villes du Golfe. Les Émirats arabes unis ont déclaré avoir intercepté cent cinquante-deux missiles sur cent soixante-cinq, et cinq cent six drones sur cinq cent quarante et un. Un hôtel a été touché à Doubaï et trois personnes ont péri à Abou Dhabi sous l’effet de débris de missiles ; cinquante-huit ont été blessées.
À Bahreïn, le quartier général de la Ve flotte américaine aurait été frappé par un drone. L’hôtel Crowne Plaza de la capitale a confirmé avoir été la cible d’un « incident ». Des explosions ont été signalées à Riyad, tandis que des bases militaires au Koweït et en Jordanie ont été atteintes par des missiles balistiques. Le Koweït dénombre quatre-vingt-dix-sept missiles et deux cent quatre-vingt-trois drones lancés sur son territoire, selon son ministère de la Défense.
Oman, traditionnel médiateur entre Washington et Téhéran, a vu le port de Duqm frappé par deux drones. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé que cet événement ne résultait pas d’un choix de l’Iran, ajoutant que des consignes de prudence avaient été données aux forces armées et que les unités militaires agissaient désormais de manière relativement autonome.
L’aéroport d’Erbil, en Irak, où sont stationnés des soldats américains, semble également avoir été visé. Selon le secrétaire d’État britannique à la Défense, des missiles auraient été tirés en direction de Chypre, pays membre de l’Union européenne accueillant des bases britanniques — information que les autorités chypriotes ont démentie. La chaîne CNN a par ailleurs fait état de plusieurs fortes explosions à Doha, dimanche matin.
Les Gardiens de la Révolution ont ordonné aux navires commerciaux de cesser d’emprunter le détroit d’Ormuz, tandis que des assureurs maritimes ont annoncé l’envoi d’avis de résiliation des polices couvrant les transits dans cette zone stratégique. Une plateforme pétrolière émiratie dans le Golfe aurait été prise pour cible, et au moins deux navires commerciaux ont été frappés à proximité du détroit.
Selon le Pentagone, trois soldats américains ont trouvé la mort depuis le début de l’opération.
Les monarchies du Golfe sortent de leur neutralité
La stratégie iranienne visant à pousser les États arabes à exercer des pressions sur Washington pour mettre fin aux frappes pourrait produire l’effet inverse. Le Qatar, les Émirats arabes unis et le Koweït ont condamné les frappes iraniennes et se sont réservés le droit d’y répondre. L’Arabie saoudite a mis en garde contre des « conséquences désastreuses ». Les monarchies du Golfe, jusqu’alors en équilibre entre les États-Unis, la Chine et l’Iran, semblent ainsi basculer dans une logique de confrontation, remettant en cause leur modèle géopolitique et économique.
Au Pakistan, pays lié à l’Iran par des relations anciennes et où se trouve l’une des populations les plus favorables au régime, neuf manifestants ont péri lors de l’assaut contre le consulat américain de Karachi, organisé en protestation contre l’intervention militaire.
Après Khamenei, l’Iran entre dans l’incertitude
L’annonce de la mort du guide suprême, Ali Khamenei, a suscité des scènes de liesse dans plusieurs villes iraniennes — danses, slogans scandés depuis les toits de Téhéran et dans les rues de Karaj ou de Chiraz. Les autorités ont toutefois organisé des commémorations d’ampleur exceptionnelle, présentant la disparition du Guide comme un martyre. Un deuil national de quarante jours a été décrété, assorti de sept jours fériés, ouvrant une séquence qui se prolongera jusqu’aux vacances du Nouvel An iranien, le 21 mars.
Internet a été presque entièrement coupé, compliquant l’obtention d’informations indépendantes. Les autorités incitent la population à gagner des « zones sécurisées » sans davantage de précisions.
La continuité de l’État est provisoirement assurée par Ali Larijani, désigné en février par le Guide pour garantir la sécurité du pays. Un Conseil de direction par intérim a été nommé, associant Alireza Arafi, membre du Conseil des gardiens de la Constitution, le président Massoud Pezhekian et le chef du système judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei. Dans les faits, ce triumvirat pourrait n’avoir qu’un rôle formel, alors que la guerre fait rage.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a indiqué qu’un nouveau guide pourrait être choisi dans les prochains jours. Plusieurs options se dessinent : la continuité avec la figure de Mojtaba Khamenei, fils du défunt ; le choix d’Ali Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique, qui bénéficierait d’une double légitimité chiite en Iran et en Irak ; ou la prolongation de la situation transitoire sous la supervision de Larijani.
Pour l’instant, l’armée conventionnelle affiche un front uni avec les Gardiens de la Révolution, signe de cohésion du régime. Le commandant en chef de l’armée iranienne, Amir Hatami, a déclaré que celle-ci participait « pleinement aux opérations offensives et défensives aux côtés de nos frères des Gardiens ». Rien ne permet de confirmer pour l’heure l’affirmation de Donald Trump selon laquelle des membres des forces de sécurité iraniennes chercheraient à obtenir l’immunité.
Une guerre de choix aux résonances irakiennes
En rompant avec ses promesses de campagne, Donald Trump engage les États-Unis dans une séquence dont l’issue lui échappe en partie. Depuis son retour à la Maison-Blanche, les forces américaines ont bombardé sept pays — Yémen, Syrie, Irak, Iran, Somalie, Nigeria et Venezuela — et éliminé deux dirigeants étrangers. Les parallèles avec l’invasion de l’Irak en 2003 deviennent de plus en plus prégnants, alors que Washington choisit un nouvel engagement stratégique majeur au Moyen-Orient.
Un sondage YouGov réalisé le jour du déclenchement des frappes indique que 44 % des Américains y sont opposés, contre 34 % favorables, avec un clivage partisan marqué : 69 % des républicains approuvent, contre seulement 10 % des démocrates et 20 % des indépendants.
Donald Trump a affirmé dans un entretien à *The Atlantic* que les nouvelles autorités iraniennes souhaitaient engager des discussions et qu’il avait accepté de leur parler, laissant entendre qu’un accord aurait pu être conclu plus tôt : « Ils auraient dû agir plus tôt. Ils ont trop joué la finesse. » Il a ajouté que plusieurs interlocuteurs impliqués dans des négociations récentes ne sont « plus en vie ». L’hypothèse d’un scénario à la vénézuélienne — où une figure loyale au régime, pragmatique et acceptable pour Washington, prendrait les rênes — n’est pas exclue, certains analystes rapprochant le profil d’Ali Larijani de celui de Delcy Rodríguez au Venezuela.
L’Europe, spectatrice désorientée
Les pays européens, qui n’ont pas été informés en amont des frappes, peinent à trouver une réponse collective. À l’exception de l’Espagne, de la Finlande et de la Norvège, la plupart se sont bornés à exprimer leur préoccupation sans appeler explicitement au respect du droit international. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a indiqué s’être entretenue avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane afin de « favoriser la désescalade ».
Dans un communiqué commun, l’E3 (Allemagne, France, Royaume-Uni) n’a pas condamné les frappes américano-israéliennes, tout en soulignant n’y avoir pas participé, et a dénoncé les représailles iraniennes tout en appelant à un retour à la table des négociations. Cette position réservée intervient alors que les intérêts européens sont directement menacés : perturbation du détroit d’Ormuz, par où transite une part essentielle des approvisionnements énergétiques, risque de contagion sécuritaire, nouvelles pressions migratoires.
La Commission européenne tiendra lundi un Collège de sécurité consacré à l’Iran, dans l’espoir de dessiner une position commune alors que le conflit s’installe dans la durée.
