Asian woman using AI chatbot virtual assistance app on smartphone to assist her while working on laptop. Using AI technology while working at home. Online robot system. Concept of VR and AR technologies. People, AI, innovation and technology Personne qui utilise ChatGPT, Dall-E ou Midjourney
Paris, le 18 février 2026 (CAPnews) – Dans la quatrième édition de son rapport phare « Repenser les politiques en faveur de la créativité », publié ce jour, l’UNESCO dresse un état des lieux sévère et sans précédent des industries culturelles et créatives mondiales. Sous l’effet conjugué d’une numérisation galopante, de l’essor non maîtrisé de l’intelligence artificielle (IA) et de menaces grandissantes contre la liberté artistique, l’édifice culturel mondial vacille. L’organisation appelle les États à une mobilisation générale, proposant une feuille de route de plus de 8 100 mesures pour endiguer des inégalités qui se creusent dangereusement. « Il est impératif de renouveler et de renforcer le soutien aux artistes », a déclaré Khaled El-Enany, Directeur général de l’UNESCO, soulignant l’urgence de repenser les politiques à l’ère des bouleversements technologiques.
L’opacité des algorithmes et la concentration du marché sur les plateformes dominantes asphyxient la diversité
La fracture numérique, loin de tenir ses promesses démocratisantes, se mue en un gouffre économique pour les créateurs. Si le commerce mondial des biens culturels a doublé pour atteindre 254 milliards de dollars, les bénéfices restent captifs d’une poignée d’acteurs. Le rapport est alarmant : d’ici 2028, l’IA générative pourrait provoquer une chute vertigineuse de 24 % des revenus des musiciens et de 21 % pour les auteurs de l’audiovisuel. Parallèlement, la précarité s’installe structurellement : les revenus numériques, bien qu’en hausse (35 % du total en 2024 contre 17 % en 2018), s’accompagnent d’une instabilité chronique et de violations de la propriété intellectuelle. L’opacité des algorithmes et la concentration du marché sur les plateformes dominantes asphyxient la diversité, tandis qu’un fossé des compétences numériques sépare durablement le Nord (67 % de maîtrise) du Sud (28 %).
Au-delà de l’économie, c’est l’intégrité physique et créative des artistes qui est menacée. L’UNESCO constate avec inquiétude que seuls 61 % des États disposent d’instances indépendantes pour garantir la liberté artistique. Dans un contexte de conflits, d’instabilité politique et de déplacements forcés, les professionnels de la culture sont en première ligne, mais plus de 60 % des pays n’ont mis en place aucune initiative pour les protéger. Les mécanismes de soutien aux artistes en danger restent gravement sous-financés, et l’émergence de la surveillance numérique et des biais algorithmiques ajoute une nouvelle couche de vulnérabilité à un écosystème déjà fragilisé.
La préservation de la diversité des expressions culturelles est un combat indissociable de la justice sociale
Enfin, les promesses d’inclusion et d’égalité demeurent lettre morte. Si la direction des institutions culturelles nationales s’est féminisée à l’échelle mondiale (46 % en 2024), ce progrès masque une réalité à deux vitesses : les femmes dirigent 64 % de ces institutions dans les pays développés contre seulement 30 % dans les pays en développement. Le rapport souligne que les politiques publiques peinent à considérer les femmes autrement que comme de simples consommatrices, les privant de leur rôle moteur en tant que créatrices et décideuses. Face à ce constat, l’UNESCO, forte de son action dans plus de 100 pays et du soutien de 164 projets via son Fonds international pour la diversité culturelle, martèle que la préservation de la diversité des expressions culturelles est un combat indissociable de la justice sociale et de la souveraineté technologique.
